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" Au dessus de nous, dans les sphères éternelles d’où émanent la Lumière et la Vie, règne le mystère, insondable et splendide, de l’Absolu.  (…)
Suis-moi donc, mon Disciple, dans la Voie de l’Absolu que je vais t’enseigner ; suis-moi, et je te promets qu’un jour tu ceindras ton front de la couronne de lumière, du diadème d’or des Sages, réservé à ceux qui, pendant leur vie, auront accompli l’Oeuvre qui résume toute oeuvre.
Beaucoup ont entendu discourir du Grand OEuvre. Quelques-uns se proposent de s’y adonner, mais bien peu en abordent la question.
Tous disent : « Plus tard, quand nous aurons conquis le loisir et le calme ». Mais le loisir et le calme ne viennent jamais, tandis que l’Absolu te réclamera sans faute, puisque tu émanes de lui. Oh ! passer sur cette terre sans avoir déchiffré l’énigme, sans avoir pénétré le secret inexsupérable que certains, parmi nos aïeux, connurent, le pourrais tu ?
Le Grand Oeuvre! Le Grand Oeuvre! Vocable prestigieux ! Fulgurante splendeur ! D’aucuns, dans les liges écoulés, auraient donc contemplé cette merveille, l’auraient possédée intégralement, et toi, tu la laisserais, inexpliquée, dans les livres !
Plût à Dieu qu’il ne soit pas trop tard ! (…) Accepter une vie obscure lorsqu’on est affamé de gloire, c’est le summum de la perfection alchimique ; ainsi, rigoureusement, les Saints ont accompli le Grand Oeuvre.

L’idéal que tu t’es créé est un royaume dans lequel tu règnes en souverain maître ; que désires-tu de plus ? Tu es Roi au moment où les trônes s’écroulent ! Tu es Sacerdote au moment où les hiérophanies chancellent ! Méprise la foule, méprise le peuple, méprise la masse; fuis les faces patibulaires. L’être d’exception seul est digne de ton intérêt.

La transmutation doit s’opérer en ton âme. La Pierre, dans son état définitif, c’est l’Absolu lui-même; le dissolvant purificatoire, ce sont les formules de beauté et de perfection dont tu orneras ta vie. Ordonne ta vie suivant les normes occultes. Tu es la matière même du Grand Oeuvre ; albifie-toi, spiritualise-toi, purifie ton astralité, dégage-toi des ombres Cimmériennes.

Mais si tu préfères t’abandonner au hasard des événements, pleure alors sans espérance ; tu ne connaîtras que l’insuccès et les désillusions et tu n’entreras jamais dans l’assemblée des Philosophes. Accepte la gloire comme un fardeau, et ne la désire pas, sinon la gloire éternelle, celle des Philosophes: l’Absolu. (…)

XXL —Car l’unité et l’infini sont les deux noms d’une seule et unique chose, et la Voie de l’Absolu n’est pas une progression véritable, mais une ascèse; et c’est là le Grand Oeuvre que les Philosophes ont enseigné.
Tel est, mon Disciple, tout le Magistère. comprends et trouve la vingt-deuxième clef, le Tau mystérieux qui ne s’écrit pas…”[mystérieuse fin de l’ouvrage de Givry]

Sur le même thème alchimique, lire également L’oeuvre au noir de Yourcenar, Le Matin des Magiciens ou bien entendu la Recherche de l’Absolu, du grand Balzac. http://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/50439044762/ma-vie-je-descendrais-dans-lenfer-de-lart-pour 

«Perfect taste always implies an insolent dismissal of other people’s.»

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« La compétition comme racine du Mal, c’est le fil directeur de toute l’oeuvre de Connolly, auteur d’un unique roman, Marée basse, et de quelques essais de critique littératire qui lui sont autant de prétextes pour raconter les aventures de son âme au milieu de chefs d’oeuvre. Ce Sainte-beuve formé à Eton et à Oxford vécut comme un jeune picoreur qui aurait trop lu Léopardi pour ne pas être visité par la tentation de l’échec, et mourut (en 1974) comme un vieux pirate qui aurait sillonné toutes les mers de l’érudition, convoité toutes les trophées et fini par lancer son navire contre les rochers de l’ennui. L’esprit de compétition ne prépare pas les âmes sensibles au métier de vivre. L’ancien élève des grandes public schools qu’était Connolly apportait, dans chacun de ses livres, une illustration de cette maladie qu’on pourrait nommer le complexe de Palinure, du nom du pilote du vaisseau d’Enée, mort sans sépulture.
Celui qui est atteint du complexe de Palinure se révèle incapable de tenir longtemps le gouvernail. Comme le pilote du vaisseau d’Enée, il tombe à la mer pendant son sommeil. C’est un adolescent permanent. Les expériences subies dans les grandes écoles ont arrêté son développement. Il a été élevé sur le système des bonnes notes, une bonne note “pour toutes les fois où il a ouvert la bouche… Et maintenant qu’on a cessé de lui en donner, il ne sait plus quoi faire”. Après avoir joué au jeune homme plein de promesses, Palinure a trente ans, n’est plus qu’une ruine hantée. Il a l’obsession du bilan et du classement, il fait la liste des douze chefs-d’oeuvre de la littérature, il aimerait écrire une anthologie qui s’intitulerait Cent livres de la littérature moderne, où il pourrait, avec une pointe de snobisme, louer les jeunes filles de Montherlant et dédaigner les reines ténébreuses de Faulkner. En attendant, il s’essaie au roman, l’archétype du premier roman de tout jeune Anglais, une petite musique d’ennui où, entre le récit de ses premières expériences sexuelles et l’étalage de faux sentiments, il n’oublie pas de glisser quelques citations. Il prend la pose de l’écrivain, mais il se sait trop cynique pour croire au salut par l’art, trop sentimental pour vouloir la perfection, trop lâche pour s’enfermer dans cette tour d’ivoire dans laquelle il se plaît à imaginer tous les grands prêtres de la littérature. Puisque sa tentative a échoué, il en prend le contrepied, il publie Ce qu’il faut faire pour ne plus être écrivain, où il se donne à lui-même des leçons de style, de probité ou de solitude. 
A l’inverse du complexe d’Oedipe, le complexe de Palinure ne frappe que celui qui refuse de quitter l’adolescence pour prendre la place du père et chez qui les “vertus paternelles” n’ont pas remplacé les extravagances du fils. Palinure est incapable d’engendrer, il ne peut faire oeuvre, dans sa vie sentimentale il n’est captivé que par les “ombres féminines des égos qu’il aurait pu être”. Il se promène à travers les livres des autres en braconnier, et il traque des félines habillées en garçons, il se compose un personnage de pédagogue où se mêlent pédantisme et lascivité. Il n’éprouve de fascination que pour ceux qui ont trahi leur pays et donc leur père, ces brillants diplomates que passèrent à l’Est dans les années 30 : “Avant de pouvoir nuire à la patrie, il faut haïr celui dont elle tient son nom.” Palinure fugue, erre, disparaît sans laisser d’adresse. Il n’est pas de ceux qui peuvent connaître la paix, qui savent atteindre leur but.
C’est un homme “veule, noctambule, très ardent”, qui a toujours éprouvé de l’aversion pour soi-même. Il voudrait être Léopardi ou Pascal, mais il passe ses vacances à Juan-Les-Pins, aime préciser au lecteur le menu de son déjeuner, ce qui l’oblige à constater que la vie humaine est une tragédie “rachetée par les plus délicieuses consolations. Mais une tragédie quand même.” La vérité est que la mélancolie le ronge, que la culpabilité lui brûle les entrailles. C’est un mort sans sépulture, une ombre qui aspire au repos.
Il faut donc trouver un tombeau pour Palinure. Procurer à l’éternel insatisfait l‘“herbe de détachement”. L’entreprise de démolition de soi est achevée. Il tient son journal. Il se voit tel qu’il est : un cabot angoissé, le capitaine immature d’un vaisseau fantôme. Il nous fait visiter le cap Palinure, réputé pour ses naufrages. Ce tombeau de Palinure renferme les confessions d’un sapeur d’égo, les poisons d’un dandy taoiste, l’élégie d’un fiasco. Cap au pire? Allez savoir.»

Linda Lê, Préface au Livre de Poche de “Le tombeau de Palinure”.

 « Le mythe de Palinure illustre une certaine volonté d’échec, une certaine répugnance devant le succès, une impulsion vers la solitude, un désir de tout abandonner au dernier moment. Palinure, c’est l’individu qui déserte son poste à l’instant de la victoire et son destin navrant séduira toujours les êtres qui, plutôt que de s’apaiser quelque part, ne pourront s’épargner la volupté d’un naufrage. » 

J-P Enthoven, “Éloge du naufragé. Le dernier des virgiliens”.

Egalement auteur d’une nouvelle sur la fièvre du collectionneur de livres : “La Chute de Jonathan Edax”. Connolly se sentait proche de Chamfort, Bernard Frank se sentait proche de lui. La présence de Cyril Connolly en français sur le net est bien faible !… J’espère pouvoir contribuer à une plus grande connaissance de cet auteur important, mais injustement oublié.

« J’ai toujours regardé la vie non point comme un sommeil, mais comme un combat incessant pour la Beauté.» (Le Diable est à table, Hugues Rebell)

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Les Chants de la pluie et du soleil, 1894 :

« J’entonne pour les nobles d’esprit le chant d’indépendance,le chant de liberté. Quelqu’un voudra-t-il jamais nous soumettre, ô nous,amoureux du vent, de la montagne et de la mer ?

Petit être chétif, chétive assemblée d’êtres, prétendez-vous par de fugitives apparences nous absorber ? Les plus beaux yeux, les plus belles paroles ne nous domineront pas.

Car nous n’avons jamais eu ni patrie, ni famille, ni maîtresse, et notre seule amie, c’est la fière solitude.

Nous irons par tous les chemins et sous tous les ciels . (…)

Monde! Monde! Ce n’est pas une parcelle de toi que je veux : c’est toute ton âme ; j’ai soif de toi, Immense !

Je prendrai tous les sourires, je volerai toutes les paroles et j’irai sans cesse vers de nouveaux sourires, vers de nouvelles paroles.

Ah! Monde! Comment pourrais-je m’oublier dans un être, moi qui suis un désir d’Infini !

(…)

N’être ni une volonté.

Ni même un désir de bête ;

Ne rien souhaiter ;

Ne plus s’appartenir ;

Détester le présent et ne rien vouloir des choses futures ;

N’être vivant

Que pour sentir chaque jour plus profondément sa souffrance,

Pour rêver sans cesse ce que la vie ne peut réaliser,

Oh ! c’est le tourment suprême !

(..)

Mais quelle cloche l’appelle

sans cesse, quel démon l’agite nuit et jour?

(…)

Chaque minute est pour eux une lutte et une défaite,

Car leur orgueil ne veut rien céder à la vie.

Avec un sourire de mépris.

Ils ont repoussé les petits bonheurs de la multitude,

N’ambitionnant que les voluptés suprêmes!

La mort les frappera plus tôt que les autres,

Mais ils tomberont comme les grands chênes !

(…)

Comme le Soir vient vite sur nos livres,

Sur nos âmes impatientes de savoir,

Sur nos lèvres qui ne sont pas encore rassasiées de baisers!

Nuit, méchante Nuit qui nous rappelles

Que nous ne sommes pas des dieux,

(..)

Que ne suis-je Atlas qui portait le Monde! Que ne suis je un dieu pour embrasser toutes les choses !

Je voudrais que France la douce, et la laborieuse Angleterre et les magnifiques golfes de l’Italie, et l’Amérique et toute la terre fussent comme un corps de femme qu’on peut enlacer et serrer contre son corps.

(…) Comme, dans la brume du crépuscule, des régiments qu’inspecte l’œil attentif du général, je voudrais des arts et des sciences faire le tour et promener de claires lanternes sur ces armées de gloire, sur les épées étincelantes des conquérants de l’Avenir.

Mon corps ne sait pas, mon corps ne peut pas, mais toi, ô âme porteuse d’Infini, quand donc tes pensées sortiront-elles de la nuit pour s’envoler, pour planer, sereines comme des colombes, dans l’air frais du matin ?

Que tes désirs, s’ils ne t’arrachent pas une oeuvre, puissent du moins féconder d’autres âmes ! Que ces mondes que tu as rêvés, d’autres les embrassent après toi !

(…)

Oh! pourquoi mes yeux ne sont-ils comme ces bons chiens de chasse qui rapportent tout le gibier tué par leur maître, que ne sont-ils semblables à des geôliers qui ne laissent personne s’évader de la prison ?

Ces couchers de soleil, ces mille teintes grise, rose, pourpre, orange et ce ciel de douceur et les verdures fraîches que voile le soir, toutes ces merveilles s’écouleront donc comme un château de féerie en un instant !

Des nuages de gloire, des senteurs de la plaine, du bruit des cigales dans l’air chaud, et de ce baiser humide, et de ces beaux yeux qui me regardent fixement, rien ne restera-t-il ? rien ?

Je voudrais percevoir toute la beauté, toutes les beautés et chaque scintillement de flot et toutes les odeurs et toutes les nuances ; et jalousement conserver en moi le trésor des choses; mais je ne suis dans la vie immense qu’une petite glace volante, qu’une vaguette où se réfléchit pour une minute une parcelle d’Univers.

(…)

O poëtes, mes frères, je vous le dis : Vous serez tous égorgés. (…) Pour moi, dès maintenant j’ai mes armes prêtes : je saurai combattre et mourir pour la Beauté. (…) J’appelle avec moi ceux qui ont désappris les larmes, qui n’ont pas peur de répandre le sang, qui ne craignent pas de dominer. (…) J’attends le Tyran, le Tyran beau et fort qui va venir. Pour lui je prépare l’encens et les couronnes, et je rythme des chants de héros. (…) Il saura contraindre les peuples à se guérir du médiocre et du laid. (…)

C’est parce qu’ils n’ont jamais entendu les voix intérieures de l’âme qu’ils ont besoin d’écouter leurs paroles. C’est parce qu’ils ne sentent point leur propre existence qu’ils ont besoin des autres pour la leur prouver.

J’aime les solitaires ; ce sont les grands penseurs et les grands travailleurs ; et leur chambre voit beaucoup de combats, beaucoup d’extases.

Ceux-là, je ne les connais que par leurs livres, mais un homme a-t-il besoin de se faire connaître autrement que par sa Divinité ? Le grand crime est de mettre en commun sa bassesse et son animalité. Ma personne ne se prostituera donc pas à ses petites semblables, ainsi laissera-t-elle plus de temps à mon intelligence pour se prostituer aux autres intelligences.

O féconde ivresse des bibliothèques et des livres ! extases des campagnes, du ciel infini, de l’air libre, du grand vent de mer qui rafraîchit la tête en feu ; gracieuse hospitalité de la prairie et des vastes ombrages; oubli que l’on goûte dans le flot des passants aux villes étrangères, aux ports emplis de vaisseaux : voilà les seules joies que j’ambitionne.

(…)

Pourquoi n’aimerais-je pas le peuple? Pourquoi ne voudrais- je pas qu’il fût heureux? Est-ce que je ne lui abandonne pas le monde entier? Est-ce que je ne le laisse pas avec ses désirs, ses passions, aussi libre que le jeune poulain galopant dans la prairie ?

Si je lui interdis le Château sur la montagne, le Château dont les fenêtres donnent sur le ciel et qu’entoure une si lugubre forêt, c’est que la pensée de ceux qui y demeurent est toute chargée de mélancolie, c’est que ses habitants ressemblent à des oiseaux dépaysés : ils passent leurs jours à regretter le royaume du soleil.»

« Union des trois aristocraties », 1894 :

« Nous ne participerons donc pas à leur grande entreprise de bassesse, nous dont le vœu n’est que d’ennoblissement. (…) Un idéal me séduit avant tout : créer des dominateurs, donner de l’orgueil à ceux qui méritent d’en avoir. (…)

Quelques-uns disent : Instruisons le peuple. Moi je dis : Instruisons la richesse, instruisons la noblesse. Que ceux-ci montent à la bibliothèque de leur château, qu’ils lisent la vie de leurs ancêtres, et que ceux-là pensent à leurs prédécesseurs. (…)

Nous voulons aussi que l’écrivain ait du courage. Les besognes du journalisme ont abaissé toutes les intelligences : il n’est pas aujourd’hui un critique qui, à l’exemple d’un Paul de Saint-Victor ou d’un Sainte-Beuve, refuserait de parler d’un livre qu’il n’admire pas, si ce livre a pour auteur un homme qui l’invite quelquefois à dîner. En revanche nul n’a la curiosité de l’œuvre de l’inconnu, et encore moins l’audace de la louer, d’imposer un jugement à la foule. La critique même n’existe plus, tuée par la réclame. La littérature moderne est devenue une vaste association d’indifférents qui se méprisent les uns les autres et ne croient à eux-mêmes que juste assez pour essayer d’obtenir une place, entre Pierre et Paul, jamais au-dessus : ils n’oseraient regarder trop haut.(…)

Révolution méprisable ! Ton seul bienfait fut d’augmenter en nous la haine de la bassesse que tu représentes. (…) Révolution, maladie de l’humanité ! nous appelons à grands cris le médecin, même brutal, qui purifiera le monde de tes souillures. Ennemie de la Beauté et de la Pensée, puissent nos malédictions être promptement entendues : l’ére des médiocrités est finie, qu’une ère de noblesse recommence ! »

Comme tous les grands génies, Hugues mourut dans la misère.

Image : Trois films d’aristocrate : The Servant / Noblesse oblige / Michael Kohlhaas, et un extrait de l’article « Athlètes et psychologues » de Rebell (1890).

N’hésitez pas à me rejoindre sur twitter, où la quête d’absolu se poursuit dans l’ombre. Consultez également la liste de livres intéressants, que je mets presque quotidiennement à jour (rubrique « ajouts », http://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/71548304737/maj-18-03-en-attendant-jai-si-peu-de-temps ) !

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" Est-il nécessaire pour un parti politique d’avoir une philosophie? D’emblée, nous pouvons élargir la question: l’être humain doit-il posséder une philosophie? (…) Une philosophie ne se possède que dans la mesure où elle est vécue. (…) La vie humaine implique la philosophie, et réciproquement. Le malheur, c’est que nous ne vivons guère. Nous nous contentons généralement d’exister (…) Comment ne pas rappeler ici le mot admirable de Senancour : “Si vivre n’est qu’exister, qu’avons nous besoin de vivre?” Nous avons peur de la vie. Tout le drame est là. (…)

Quelle misère morale constitue le contrepoids des extraordinaires progrès de la science, de la technique ! Pourquoi? Parce que nous n’avons pas d’idéal. (…) L’homme ne vit pas seulement de pain. Voilà ce que craint de découvrir notre société nord-américaine. (…) La véritable révolution, celle qui engendrera non pas le paradis, mais un monde plus humain, plus juste que le nôtre, sera avant tout une révolution intérieure : celle par laquelle nous nous arracherons à notre objectivation (…). Si une telle révolution est impossible, alors tout est vain.

(…) Le christianisme authentique nous enseigne que les indifférents, les tièdes sont vomis aussi bien par le ciel que par l’enfer. Dante, au début de la Divine Comédie, l’a exprimé avec force en décrivant l’état pitoyable “de tout ceux qui sans louange et sans blâme ont vécu.” (…) Comment lucidement rester neutre face à notre monde où triomphe précisément l’indifférence? C’est impossible. Ou alors notre aveuglement est tel que nous méritons l’enfer que nous nous forgeons. (…)

Le relatif ne peut pas soulever notre enthousiasme. Sinon, de façon passagère, voire aberrante. (…) Qu’un parti politique fasse du chômage un point important de son programme électoral, c’est très bien. Mais c’est relatif. Et si c’est cette lutte contre le chômage ne s’inscrit pas sur un fond de philosophie donnant à cette lutte sa véritable dimension,(…) il y a peu de chances qu’elle conduise à améliorer le sort des hommes. Tout au plus, pourra t-elle remplacer un clou par un autre. (…) Il importe qu’un parti politique, que son action, reposent sur un ensemble de valeurs, renvoient à un idéal. Je crois que c’est seulement dans cette optique que le terme conservateur revêt son véritable sens. Conservateur, non pas d’un statu quo : il est impossible de conserver notre monde où triomphe l’indifférence, où règne Mammon, où s’infiltre partout la médiocrité, la bêtise la plus basse. Mais conservateur dans le sens d’un maintien des valeurs humaines, en se rappelant que les valeurs authentiques sont caractérisées par le fait que, sur elles, le temps n’a pas de prise…” Alexis Klimov, “Diversions : huit opérations poétiques pour une stratégie métaphysique”. (J’ajouterai un complément un de ces jours, le traité de l’Absolu n’étant disponible que dans une bibliothèque à Paris, mon accès à lui est donc limité…)

Il parle également du fameux tableau de Brueghel, La chute d’Icare, et y voit une illustration de “l’objectivation” opposée aux chercheurs d’absolu :

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«Ce sur quoi le peintre flamand insiste, c’est sur la totale indifférence de tous ceux qui, enfermés dans le quotidien, ne peuvent même pas voir ce qui vient de se dérouler sous leurs yeux : l’aboutissement d’une dramatique, mais néanmoins extraordinaire aventure. Au fond, Bruegel nous décrit deux mondes : en raccourci, celui où règne l’utilitarisme et celui où se vit l’aventure créatrice. » 

«Agissons comme si la beauté pouvait sauver le monde…» C’est le rôle du philosophe, «veilleur de nuit» (la nuit de notre époque), de savoir garder cet idéal vivant…. «Qui de nous veille de cet étrange observatoire, pour nous avertir de la venue des nouveaux bourreaux ? Ont-ils vraiment un autre visage que le nôtre ? Il y a nous qui regardons sincèrement ces ruines comme si le vieux monstre concentrationnaire était mort sous les décombres, qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s’éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire, nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin.» (Nuit et Brouillard). 

Philosophe canadien mort en 2006. Auteur de ce traité sur l’Absolu (rempli de citations, comme nombre de ses livres), mais également de “Éloge de l’homme inutile” et d’essais sur ses auteurs fétiches (qu’il cite tout le temps, presque exclusivement) Chestov (auteur de “Athènes et Jérusalem, essai de philosophie religieuse”, combat entre raison et foi, à venir en ce royaume tumblérien! ), Louis Lavelle (L’erreur de Narcisse, surtout - le Traité des valeurs également. Beaucoup de ses oeuvres sont sur Internet), G. Marcel (« Aimer un être, c’est lui dire : toi, tu ne mourras pas. ». Je vous conseille chaudement et simplement de consulter sur Wikipedia la liste de ses œuvres philosophiques et littéraires : presque tous ses titres donnent envie de s’y plonger! Un auteur à venir donc ! ), Berdiaeff (dont on a déjà parlé ici. Son “Nicolas Berdiaeff ou la révolte contre l’objectivation”, avec textes choisis, est une excellente introduction !), Boehme (je le mettrai également bientôt ici-même, je travaille beaucoup actuellement sur l’ésotérisme, l’occultisme, l’alchimie… Jakob Boehme est ce modeste cordonnier qui, en l’an 1600, un jour qu’il travaillait dans son atelier, fut ébloui par le reflet du soleil sur un vase d’étain, et, envahi par ce bain de lumière, acquit la révélation, et écrivit sous la divine dictée le fascinant, mythique et mystique “Mysterium Magnum”, véritable Odyssée de Dieu - trouvable également sur Internet. «Je n’ai lu que dans un seul livre, dans mon propre livre, dans moi-même»), Dostoïevski (il cite souvent cette phrase : “Deux et deux font quatre, ce n’est déjà plus la vie, messieurs, mais le début de la mort.”), Villiers de l’Isle Adam (Il faut lire sa pièce, la meilleure et la moins connue, “Axel” ! ), et Soljenitsyne ("Le déclin du courage" fait partie de mes futurs articles!).

Alexis est à ne pas confondre avec E. Klimov, le cinéaste, que je signale en passant, auteur du chef d’oeuvre “Requiem pour un massacre”, la deuxième heure du film est terrifiante. Et la scène finale est d’anthologie, an-tho-lo-gie.

A suivre : Tarkovski ! L’absolu cinématographique ! Je signale par ailleurs l’existence d’un projet frère (preuve que mon idée n’est pas si farfelue…), mais qui semble s’être arrêté…

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Sur la politique, on peut également lire “Les chasseurs d’absolu : Genèse de la gauche et de la droite”.

“Sans doute le suicide est rare parmi les jeunes, (…) du reste, il y a mille manières de se laisser mourir sans la grossière mise en scène du sang répandu. Le plus commode est de renoncer à la volonté de savoir, à l’âpre curiosité de sonder l’inconnu : on s’abandonne au flot comme une épave ; on prend les opinions toutes faites et on les répète par habitude, on méprise tout effort, on s’irrite contre toute audace…”
Elisée Reclus, L’idéal et la jeunesse,  1894. Géographe de l’Absolu.
Photo: Livre pas inoubliable non plus, mais qui avait sa place ici par son titre si évocateur. Un seul article en un mois, la quête s’est ralentie me direz vous… mais elle se poursuit néanmoins ! (cf. les continuels rajouts dans la liste à publier!).
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“Sans doute le suicide est rare parmi les jeunes, (…) du reste, il y a mille manières de se laisser mourir sans la grossière mise en scène du sang répandu. Le plus commode est de renoncer à la volonté de savoir, à l’âpre curiosité de sonder l’inconnu : on s’abandonne au flot comme une épave ; on prend les opinions toutes faites et on les répète par habitude, on méprise tout effort, on s’irrite contre toute audace…”
Elisée Reclus, L’idéal et la jeunesse,  1894. Géographe de l’Absolu.
Photo: Livre pas inoubliable non plus, mais qui avait sa place ici par son titre si évocateur. Un seul article en un mois, la quête s’est ralentie me direz vous… mais elle se poursuit néanmoins ! (cf. les continuels rajouts dans la liste à publier!).
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Sans doute le suicide est rare parmi les jeunes, (…) du reste, il y a mille manières de se laisser mourir sans la grossière mise en scène du sang répandu. Le plus commode est de renoncer à la volonté de savoir, à l’âpre curiosité de sonder l’inconnu : on s’abandonne au flot comme une épave ; on prend les opinions toutes faites et on les répète par habitude, on méprise tout effort, on s’irrite contre toute audace…”

Elisée Reclus, L’idéal et la jeunesse,  1894. Géographe de l’Absolu.

Photo: Livre pas inoubliable non plus, mais qui avait sa place ici par son titre si évocateur. Un seul article en un mois, la quête s’est ralentie me direz vous… mais elle se poursuit néanmoins ! (cf. les continuels rajouts dans la liste à publier!).

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Je me félicite d’avoir goûté à l’art de vivre à la française quand il en était encore temps. Dans l’actuelle confusion des valeurs où la télévision, le football et le tennis constituent le nec plus ultra de la convivialité, on dirait que, la société étant devenue moins répressive, moins guindée, on doive payer tribut à la platitude et à la bêtise. (…) Nous n’étions pas, comme les jeunes gens de maintenant, déformés par la publicité et les puissances audiovisuelles. Les meilleurs d’entre nous s’en remettaient à leur curiosité, à leur initiative, à leurs inclinaisons secrètes. Les régimes totalitaires ont fait peser sur leurs sujets l’uniformité de la peur, de la contrainte (…) les états démocratiques se servent d’une arme plus aimable, la liberté. Cela revient presque au même. La liberté embrigade, nivelle, fait tournoyer dans un gouffre infini. Tout tient dans ce “presque”. Ce n’est pas le même infini, le même chaudron géant où s’engendrent et se déposent les façons de penser d’aujourd’hui, les idées à la mode. Hélas! La jeunesse vit sur son propre fonds et ne me lit pas. Mais lit-elle encore? Elle comprendrait mieux le martien que mon langage, pourtant si clair.

(…)

Versailles exprimait la majesté royale, Neuschwanstein la solitude royale, mais quelle spiritualité transfigure l’Empire State Building, la Tour Montparnasse ou le centre Pompidou? Dans un monde uniformisé, nivelé, robotisé où tout désir de se distinguer du troupeau, de la banalité et de la laideur répandue à profusion est tenu pour coupable nostalgie de l’ancien monde, on a la peinture qu’on mérite, op art, op art, ready-made, graffitis muraux. (…) Il faut remythifier le monde. Mais comment s’y prendre aujourd’hui?  ”Je veux écrire pour celui est seul”, écrivait autrefois Julien Green. Il est difficile aujourd’hui de protéger sa solitude, je parle de la solitude essentielle de l’âme. La vie moderne nous agresse et nous obsède (…) les campagnes ne sont pas épargnées ; la télévision pénètre partout. Les satellites aussi. Les ermites ne hantent plus les déserts de l’Orient : les chars d’assaut les parcourent, les avions y déversent napalm et pesticide, le ciel de la Thébaïde s’obscurcit…

(…)

Naguère on trouvait nombre de jeunes gens qui avaient de la lecture, de la curiosité d’esprit et le sens des valeurs de la civilisation. Maintenant on n’en rencontre plus beaucoup. Ils sont abêtis par la télévision, la bande dessinée, les chansons du rock et prennent les graffitis muraux pour des œuvres d’art. (…) Cette génération m’inspire beaucoup de pitié (…) elle ne sait pas qu’elle ne sait rien…

(…)

Reconnaissons avec Villiers de l’Isle Adam que les écrivains "ne sont jamais que possibles. Ils ne s’achèvent pas au soleil de ce que nous sommes convenus d’appeler la réalité: ce sont des ombres royales mais des ombres rien de plus." Ombres royales… Comment ne pas évoquer le magique tableau d’Ingres, le Songe d’Ossian ? Il représente le barde nordique entouré des fantômes créés par son imagination. La lumière grise et argentée enveloppe tous les personnages dressés dans leur désespoir et leur nostalgie. Cette toile m’a toujours fasciné. Je suis allé deux fois à Montauban, uniquement pour elle. On m’a dit qu’au siècle dernier, elle ornait la chambre de Napoléon au Quirinal.”

Grand admirateur de Wagner et de Louis II :

"Le 21 mai 1974 passait aux Dossiers de l’Ecran Louis II de Bavière [film]. Participant au débat, je dus ramener à la raison Gilbert Badia, jadis mon collègue au lycée Charlemagne, qui essayait sans cesse d’amener la discussion sur la condition ouvrière en Bavière dans les années 1860 et d’expliquer à la manière marxiste qu’une gréve des potiers "l’intéressait plus que le château de Linderhorf". "

Et pourfendeur de mai 68, vu, à raison, comme le début de la fin :

"[Depuis], l’offensive contre la civilisation européenne, contre sa tradition humaniste et chrétienne se fait chaque année plus virulente. (…) Que voyons nous aujourd’hui sinon le déclin de la culture, la confusion des valeurs, la négation de tout ce qui n’est pas progrès scientifique, confort et consommation? Sur toutes ces ruines, quelle est la seule valeur que l’on défende? La toute puissance de la vie, rien que la vie dans son opacité, sa force et sa pesanteur. (…) Je respire, donc je suis…”

Marcel rédigea en 1988 sa notice biographique pour le «Dictionnaire des écrivains contemporains de la langue française par eux-mêmes» : 

«Il n’a fait carrière ni dans l’Université ni en littérature. Toute carrière exige des sacrifices: il aimait trop la vie pour perdre son temps à ce qui l’ennuyait. Il préférait le rêve à la réalité, l’invisible au visible. Il a lâché la proie pour l’ombre. (…)

Paris lui tenait lieu de Thébaïde. Il avait beau aller au théâtre, voir du monde, il habitait sur une étoile, un pied ici-bas et l’autre sur un paradis perdu. Il a assisté au naufrage de la civilisation élégante et cultivée qu’il aimait, telle qu’elle existait en Europe. Quand on se trouve sur un navire en perdition, il était de ceux qui préfèrent mourir dans le salon plutôt que dans la soute.(…)

Il avait le sens du sacré, de la poésie et de l’amour. Voici son épitaphe: 

Il île elle aile
Eternité fragile
Sous l’aile de Dieu.» 

Emile Friant (1863-1932), Voyage à l’infini

"L’absolu n’a guère plus de sens aujourd’hui que son adverbe." (Jules Renard, Journal)

Jules est admirable (bien qu’il s’en prenne à Léon Bloy et fasse d’excessifs éloges de Victor Hugo) : ce serait une gageure de proposer une parfaite anthologie de son Journal - quelques extraits, malgré tout, pèle-mêle, comme autant d’invitations à la lecture :

"J’aime les hommes plus ou moins, selon que j’en tire plus ou moins de notes.

Mes mots feront fortune ; moi pas.

Vraiment, amis Barrès, Paul Adam, Bernard Lazare, etc, pourquoi acceptez-vous le jugement de la foule en politique quand vous ne l’admettez pas en art ?

C’est désespérant : tout lire, et ne rien retenir ! Car on ne retient rien. On a beau faire effort : tout échappe. Çà et là, quelques lambeaux demeurent, encore fragiles, comme ces flocons de fumée indiquant qu’un train a passé.

Je me moque de savoir beaucoup de choses : je veux savoir des choses que j’aime.

Cette jolie idée de Saint-Pol-Roux que les arbres échangent des oiseaux comme des paroles. 

Achille et Don Quichotte sont, Dieu merci, assez connu, pour que nous nous dispensions de lire Homère et Cervantès. 

 Il faut feuilleter tous les livres, et n’en lire qu’un ou deux.

Je n’ai pas le délire. Je n’ai que le vif sentiment de ce qui vaut la peine qu’on soit né, et de l’inutilité du reste. 

Ne jamais être content : tout l’art est là.

Je voudrais, moi aussi, tout comprendre et tout sentir. Mais, pauvre escargot que je suis, l’horizon infini, que je ne touche pas, blesse mes cornes.

Ça m’est égal, de manquer ma vie. Je ne vise pas. Je tire en l’air, du côté des nuages.

Tolérez mon intolérance.

Tant qu’un homme ne s’est pas expliqué le secret de l’univers, il n’a pas le droit d’être satisfait. 

Il y a les conteurs et les écrivains. On conte ce qu’on veut ; on n’écrit pas ce qu’on veut : on n’écrit que soi-même. 

On ne méprise bien que ce qu’on aime secrètement. 

Dès qu’une femme me fait un compliment, pour peu qu’elle soit jolie, tout de suite je me sens amoureux d’elle. 

Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux. 

La vie n’est peut-être qu’une maladie, le phylloxera de notre planète. 

Le bonheur que les autres vous croient ajoute à notre détresse de savoir que nous ne sommes pas heureux.

La femme est un roseau dépensant. 

Hélas ! j’ai peut-être laissé passer toutes les heures où j’avais du génie. 

Si tu as perdu une journée, dis-le bien, et elle ne sera pas perdue.”

D’autres ici, par exemple : http://dernieregerbe.hautetfort.com/archive/2013/12/05/les-meilleurs-aphorismes-de-jules-renard-5247425.html

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"La douce musique de la plume sur ce cahier. Comme un frémissement de vie qui court sur le silence. Combien j’aime écrire comme on dessine ! Aurais-je été écrivain si je n’avais pas aimé passionnément ce contact de la plume sur le papier et la danse des lettres et la beauté visuelle d’une page d’écriture? (…) Il faut vivre virilement, aller jusqu’au bout de nos erreurs, pousser toute idée à bout.(…) Ma foi se nourrit de mes propres expériences, de mon élargissement intellectuel et moral. Et je ne connais qu’un culte: celui de l’adoration intime. (…) Rire, c’est oublier qu’il y a un problème.” (Journal Intime)

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Francis Jammes lui écrira : "Vous avez attaché votre char aux étoiles: jetez vos racines au ciel." Marius lui répond : “Les deux lettres que vous m’avez envoyé m’ont gardé du doute et du désespoir. Sans vous, je serais devenu un homme comme les autres ; j’aurais laissé fondre toute cette neige, comme vous dites.”

Il reçut le prix Goncourt en 1943. Simone de Beauvoir - qui venait d’écrire “L’invitée” et qui en ce temps là travaillait tranquillement pour Radio Vichy (hihi…) - fut très amère (P. Assouline, “Gaston Gallimard, un demi siècle d’édition française”): "si on m’avait attribué le Prix Goncourt cette année là, je l’aurais reçu avec une jubilation entière" écrit-elle. Jean Grenier, un autre grand absolutiste (auteur de “Absolu et Choix” - une étude qui lui est consacré s’intitule: “L’humain et l’absolu dans J. Grenier”) écrira: "Marius Grout (qui a plus de tempérament qu’il n’a encore de style) occupe une place qui ne lui sera pas prise dans le domaine qui est entre la terre et le ciel.”

Seul petit pincement au cœur, Marius croisa le fer dangereusement avec mon alter ego d’une autre époque, Drieu. Mais plus pour des questions politiques qu’esthétiques.

Auteur en 1938 de “Le Poète et le Saint” ; en 1942 de “Mysticisme et poésie”, et en 1943 de “Passage de l’homme” qui lui vaut son prix. L’intégralité de l’oeuvre de Marius n’a pas été publiée ; sont encore inédits plus de 200 poèmes et un journal de près de 800 pages.

MAJ 01/09/14

En attendant (j’ai si peu de temps…), comme livres absolutistes au programme (je les ai presque tous - mais peu de lus…) de 2014, si j’ai le temps (en privilégiant les auteurs que je n’ai jamais encore cités ici, d’une façon ou d’une autre - et de préférence, des œuvres ou auteurs peu connus), complètement pèle-mêle:

ABSOLU ET CHOIX, ou encore LES CHEMINS DE L’ABSOLU, ou MEMOIRES INTIMES DE X, de l’excellent Jean Grenier

LE DESERT DES TARTARES, Buzatti.

LES NEVROSES, Rollinat.

L’ECRIVAIN ET L’AUTRE, Liscano

PUISSES TU REUSSIR, Tinan (Jean de).

PARADIS PERDU, Milton.

L’oeuvre philosophique et spirituelle de Mounier, de Marcel, de Jaspers, de Jung, de Soloviev, Schliermacher…

L’oeuvre critique de Pol Vandromme

NOTRE AVANT GUERRE (et les POEMES DE FRENES), Brasillach. (déjà cité, certes, mais j’aime beaucoup Robert! - de même qu’il faudrait plus de Weil, plus de Maurras ! Et plus de Drieu évidemment - le goût de l’absolu incarné.)

LA MUSE TRAGIQUE et nombreuses nouvelles consacrées à l’art (Le banc de la désolation etc.), JAMES.

MANETTE SALOMON et CHARLES LESAILLY, Goncourt.

JOURNAL, Pozzi. (Egalement celui de J. Renard, celui de Charles du Bos…)

L’oeuvre de Lawrence d’Arabie (cf. aussi Portrait de l’Aventurier, R. Stéphane)

TRISTESSE ET BEAUTE, Kawabata

LE GACHIS, Patrolini

LE TUNNEL, Gass

LENZ, Buchner.

MA VIE, d’Isidora Duncan (elle et son compagnon, le très absolutiste Serguei Essenine, formait un couple mythique ! )

LE PETIT MONDE D’AUTREFOIS, Fogazzaro

JOURNAL, Mireille Havet

MENDIANTS ET ORGUEILLEUX, Cossery

HISTOIRE EGOISTE, Jacques Laurent

Enrique Vila Matas (Docteur Pasavento et Loin de Veracruz notamment).

LES REVOLTES et LES BRAISES, Sandor Marai.

JOURNAL, Gombrowicz.

FARINET OU LA FAUSSE MONNAIE, Ramuz. (une étude s’intitule d’ailleurs : “L’appréhension de l’absolu dans l’oeuvre de Ramuz” )

LA TRAGEDIE DE L’HOMME, Madach.

UNE VIE A BRULER, de James Salter (ou UN BONHEUR PARFAIT)

LA SOURCE VIVE, Rand

PERES ET FILS et JOURNAL D’UN HOMME DE TROP, Tourgueniev.

L’oeuvre de Maria Zambrano

LES ANNEES DE JEUNESSE DE HEINRICH STILLING, de Jung-Stilling

EN ROUTE, LA CATHEDRALE, Huysmans

VIENNE AU CREPUSCULE, Schnitzler.

LES AMITIES PARTICULIERES, Peyrefitte.

MONSIEUR TESTE, Valéry. (une étude s’intitule “Paul Valéry, ou la tentation de l’absolu”…)

LA ROSE DE PERSONNE, Celan (une étude s’intitule “Celan, contre-parole et absolu poétique”…)

LE SOLITAIRE, Ionesco.

LAUVE LE PUR, et MA VIE PARMI LES OMBRES, Millet (Richard).

LES DEUX ETENDARDS, Rebatet. (même si déjà publié au tout début du tumblr ; de même, pour le JOURNAL de Huguenin, ou Suarès -VALEURS, VUES SUR L’EUROPE etc. - : des grands absolutistes qui le valent bien…)

L’ARRIERE-SAISON, Stifter

POESIES, Pasolini (ou des extraits de ses essais, comme LETTRES LUTHERIENNES).

LA COLOMBE D’ARGENT, Biely

ADIEU A L’AUTOMNE, Witkiewicz.

A DEFAUT DE GENIE, Nourrissier

HENRI LE VERT, Gottfried Keller.

LES FOUS DU ROI, Penn Warenn

AU DESSUS DU VOLCAN, Lowry.

LE SANG NOIR, Guilloux.

L’OEUVRE D’ART TOTALE, Wagner.

LES APPRENTISSAGES DE WILHELM MEISTER ou TORQUATO TASSO, ou WERTHER, Goethe.

LE CHAT MURR, Hoffmann.

ALGABAL, ou des extraits de ses fabuleuses poésies (POESIES COMPLETES, aux éditions de La Différence), de Stefan George.

LES PLEIADES, Gobineau

PROFESSEUR UNRAT (L’ange Bleu), ou MEPHISTO, de MANN (Heinrich). 

LE CREPUCUSCULE DES DIEUX, Bourges.

ANTON REISER, Moritz (également auteur du Concept d’Inachevé)

MORAVAGINE, Cendrars.

MONSIEUR DE PHOCAS, Lorrain.

TONIO KROGER, DOCTEUR FAUSTUS (Ou Mort à venise, Considérations d’un apolitique…. bref tout Thomas Mann ! - j’ai déjà mis les Buddenbrook, roman de la Décadence. )

UN HEROS DE NOTRE TEMPS, Lermontov.

LE PAUVRE COEUR DES HOMMES, Soseki.

LE NAUFRAGE, et sa série des « tion » : EXTINCTION, CORRECTION, PERTURBATION, etc., de T. Bernhard.

LES SOMNAMBULES – LE TENTATEUR, Broch.

L’ANGE EXILE, Wolfe

LA FAIM et PAN, Hamsun.

HYPERION, Holderlin.

EVE FUTURE, AXEL, certains CONTES CRUELS, de l’immense et trop méconnu Villiers de l’Isle Adam.

LE VICE SUPREME, Peladan.

OBLOMOV, Gontcharov.

LES RECONNAISSANCES, Gaddis

DERNIERES LETTRES DE JACOBO ORTIS, Foscolo.

L’AME OBSCURE, Rops. (ou UN MONDE SANS AME).

FACE AUX TENEBRES, Styron.

POINT DE RENCONTRE A L’INFINI, Mann.

MONSIEUR GODEAU, Jouhandeau.

L’HOMME SANS QUALITES et LES DESARROIS DE L’ELEVE TORLESS, Musil.

KAPUTT et LA PEAU, Malaparte.

AUTODAFE, Canetti.

EUMESWIL et LE COEUR AVENTUREUX, Junger.

ARMANCE, Stendhal.

Le grand absolutiste Saint-Pol Roux

ONEGUINE, Pouchkine.

OBERMANN, Sénancour.

SIXTINE, Gourmont.

LETTRE A LORD CHANDOS et L’HOMME DIFFICILE, Hoffmannsthal.

JOURNAL, Kafka.

L’ART DE LA JOIE, Sapienza.

LE DISCIPLE, Bourget

CITADELLE, Saint-Exupéry.

FRANNY ET ZOEY, Salinger.

LA JEUNESSE DE MARTIN BIRCK, Soderberg.

DOUBLE VIE, Benn.

ROGER BAROIS, Martin du Gard (déjà cité ici les Thibault!)

CONTREPOINT, Huxley.

MOIRA, LE VISIONNAIRE, ou son JOURNAL, Green

MANFRED et le PELERINAGE DE CHILDE HAROLD, Byron (il faudra également évoquer le poète de l’absolu qu’est Percy Shelley ! )

LE BOUQUINISTE MENDEL, Zweig (+ Le monde d’hier ; j’ai déjà mis le magnifique « La Confusion des sentiments »).

LES ROUERIES DE TRIALPH, Lassailly.

BARABAS, Par Langervist

Beaucoup de Mauriac: UN ADOLESCENT D’AUTREFOIS, LE BAISER AU LÉPREUX, MEMOIRES INTERIEURS, et surtout, surtout, LE DEMON DE LA CONNAISSANCE et L’ENFANT CHARGE DE CHAINES.

BRUGES LA MORTE, Rodenbach.

LA CONJURATION DES IMBECILES, Kennedy Toole.

L’ARAIGNE, Troyat.

UNE VIE, Svevo.

LES ENFANTS TANNER, Walser.

Des contes de Borges (trop connu, mais forcément incontournable…)

PORTRAIT DE L’ARTISTE EN JEUNE HOMME, Joyce

21 JOURS D’UN NEURASTHENIQUE, ou encore L’ABBE JULES, de Mirbeau.

SILOE et LES HAUTS QUARTIERS, Gadenne

LE CONFORT INTELLECTUEL, Aymé.

BAAL, Brecht

AUSTERLITZ, Sebald.

LE GOUT DE L’ABSOLU, Schneider.

L’ARISTOCRATE, Ernst Weiss.

LES ENCHANTEMENTS DE GLASTONBURY, Powys.

LES ETONNEMENTS DE GUILLAUME FRANCOEUR, André Freigneau (dont j’ai déjà signalé ici le joli Livre de Raison d’un roi fou).

MADEMOISELLE JULIE et INFERNO et AU BORD DE LA HAUTE MER, Strindberg

L’oeuvre de JEAN MARIE ROUART: auteur de Le goût du malheur, Le voleur de jeunesse, Une jeunesse à l’ombre de la lumière, Ils ont choisi la nuit, Adieu à la France qui s’en va etc.

ROMAN D’UN JEUNE HOMME, Klabund.

TERRAINS A VENDRE AU BORD DE LA MER, Céard (Henry).

LE VIVISECTEUR, Patrick White

COURSE A LA MORT, Edouard Rod

LES HORS NATURE, Rachilde.

LE JARDIN DE LA CONNAISSANCE, Leopold Andrian

ZIBALDONE, Leopardi.

LA PUISSANCE ET LA GLOIRE, Graham Greene.

ALEXIS ZORBA, Kazantzakis.

DE L’HOMME A DIEU, ou DIX ANS APRES, du grand absolutiste Henri Massis. (J’ai déjà cité ici le discours de Guitton pour le centième anniversaire de sa naissance.)

HEDDA GABLER, Ibsen (j’ai déjà cité ici le très absolu Brandt ! ).

LE CHEVALIER DESTOUCHES, Barbey d’Aurevilly (ce sublime polémiste anti-Victor Hugo mériterait une centaine d’articles… - une de ses biographies s’intitulent: Le dandy absolu !! )

UN PEU DE SOLEIL DANS L’EAU FROIDE, Sagan.

LA NUIT DE LONDRES, ou LE SEAU DE CHARBON ou LE PARJURE, de Henri Thomas

LA DECOUVERTE DU CIEL, Mulisch.

LE ROI PALE, David Foster Wallace

L’HOMME EST IL HUMAIN?, de l’adorable Ramon Fernandez

LE MAITRE ET MARGUERITE, Boulgakov.

UN SILENCE D’ENVIRON UN QUART D’HEURE, Boris Schreiber

DANUBE, Claudio Magris

LE VOLEUR DE BIBLE, Tunstrom

LE MONDE DOIT ETRE ROMANTISE – HENRI D’OFTERDINGEN, Novalis

NOSTROMO ou VICTOIRE, Conrad.

VOYAGE BABYLONIEN, Dobblin

HERZOG, Saul Bellow

SCENES DE LA VIE DE BOHEME, Burger

NERON LE POETE SANGLANT, Kosztolanyi

PARMI TANT D’AUTRES FEUX, ou L’APPRENTI, de Guérin

A L’EST D’EDEN, Steinbeck. LE BRUIT ET LA FUREUR, Faulkner.

JEAN CHRISTOPHE, Romain Rolland

LA CAPITALE, Eça de Queiros

ABRAXAS, Audiberti

DELZIRE MORRIS, Arnold Goffin

JOURNAL, Paul Léautaud

LE FLAMBEAU, Moricz

LA BIEN-AIMEE, Thomas Hardy (outre Jude l’obscur, que j’ai déjà évoqué ici…)

JEROME PATUROT, A LA RECHERCHE D’UNE POSITION SOCIALE, Reybaud

DIEU EST NE EN EXIL: JOURNAL D’OVIDE A TOMES, Horia

LA VIE D’ARSENIEV, Bounine

ET VIVE L’ASPIDISTRA, Orwell

LA VEILLEE DU MATIN, James Agee

L’ARTISTE DU BEAU, Hawthorne

LES YEUX FERMES, Tozzi

FABIAN, Kastner

Tchékhov (Platonov, Oncle Vania)

ARDINGHELLO ET LES ILES FORTUNEES, Heinse

LES CAROLINS, Hiedenstam

LE PETIT CHOSE ou L’IMMORTEL, ou surtout LES FEMMES D’ARTISTES de Daudet (Alphonse)

LE CHIEN TRISTAN, Etienne Barilier

SPIRALES ou AVANT LA DERNIERE REVOLTE, Nossack

LES DEMONS, Doderer

LE PAUVRE MUSICIEN, Grillpazer

QUO VADIS, ou LES CHEVALIERS TEUTONIQUES, H. Sienkiewicz

LE RETOUR DE PHILIPPE LATINOWICZ, Miroslav Krleza

LE MUSICIEN DECHU, Tolstoi

Les poèmes en prose géniaux, et essais provocateurs de Hugues Rebell

MARS, fritz Zorn (et JOURNAL D’UN HOMME DECU, Barbellion)

ALBERTE ET JACOB, Cora Sandel

CONTRE TOUT ESPOIR, Mandelstam

LE GENIE, Dreiser

LA LITTERATURE DE TOUT A L’HEURE, C. Morice

Anouilh, pour des pièces sur l’Absolu moins connues qu’Antigone: Roméo et Jeannette, Le réactionnaire amoureux etc.

La très belle oeuvre littéraire de Vincent de la Soudière

LE TEMPS SCELLE, Tarkovski : un chef d’oeuvre sur l’Absolu ! J’espère en parler très bientôt.

Les poésies de Sophia de Mello Breyner Andresen (J’ai haï ce qui était facile. Je me suis cherchée dans la lumière, dans la mer, dans le vent.” )

AVENTURES D’UN ETUDIANT DANOIS, Moller

NOTES DE CHEVET, S. Shonagon

PONCE PILATE – LE FLEUVE ALPHEE, Roger Caillois

DANIEL VLADY - HISTOIRE D’UN MUSICIEN, Camille Selden

LA DEDICACE, Botho Strauss

LES ENFANTS TRISTES, et les Hussards en général, jusqu’à LA PLACE DE L’ETOILE de Modiano ou l’oeuvre de Guy Dupré (Les fiancées sont froides, Comme un adieu dans une langue oubliée, Dis moi qui tu hantes, Journal: l’âme charnelle…).

Des livres de Dominique de Roux (IMMEDIATEMENT ou OUVERTURE DE LA CHASSE), de Chesterton, de Evola,

Les ouvrages de Palante, de Gustave Thibon, des poèmes d’Emily Dickinson, des poèmes de Rabearivelo (poète suicidé),des poèmes de Cristina Campo, d’Emile Nelligan, d’Ungaretti, de Robert Browning, un peu de Madame de Stael (même si mon snobisme y répugne),

Du Gabriele D’Annunzio (L’enfant de volupté, le Feu), comme je l’avais annoncé dans un précédent post. Et plus généralement les auteurs fin de siècle - première moitié XXème, si géniaux et si inconnus ! Egalement “Du malheur d’avoir trop d’esprit” de Griboiedov, parce que j’adore le titre.

Des classiques comme les Illusions Perdues, Moby Dick (et Bartleby!), Manon Lescaut, Stello, Adolphe, le Paradis Perdu (bien que j’en ai déjà publié un infime extrait), le Génie du Christianisme, Fort comme la mort (ce cher pessimiste de Maupassant), du Dostoievski (l’adolescent, les nuits blanches, Carnets du Sous Sol…), du Bernanos bien sûr («Ceux que j’appelle ne sont évidemment pas nombreux. Ils ne changeront rien aux affaires de ce monde. Mais c’est pour eux que je suis né. »), du Gide, Chénier… Des mystiques (Thérèse d’Avila, Hadewich D’Anvers, Angelus Silesius, Khalil Gibran, Swedenborg (dont deux études principales à son sujet se nomment précisément: “The dream of an absolute language” et “Swedenborg and literature : in search of the absolute”), Tillitch, Whitman…), Ladislav Klima (les Souffrances du prince Sternenhoch), L. Veuillot…

Des livres plus récents, comme Les Papiers de Walter Jonas, celle de Jean Cau, de Jean-Edern Hallier, ou encore “La pitoyable histoire de Leo Singer”, ou encore “Journal de Trêve” de Berthet, ou encore « Le livre des Sources », ou encore « Les Eblouissements » de P. Mertens, « les Martagons » de D. Noguez, Jacques Chessex, ou même Eric Emmanuel Schmitt, pourquoi pas ! (“concerto à la mémoire d’un ange”, “Lorsque j’étais une œuvre d’art”); ou encore des vies d’artistes, comme l’autobiographie de Cellini ou le Journal de Delacroix….

Un peu plus de Balzac parce qu’il est inépuisable (je dois mettre du Louis Lambert!), plus de Montherlant bien sûr, encore et toujours, du Rousseau tout de même ! (peut-être à la lumière du grand Jean Guéhenno), et puis encore du Simone de Beauvoir -grâce à http://sdbeauvoir.tumblr.com/.

En espérant vous avoir inoculé le goût de l’absolu ! Si vous pensez encore tout connaître des auteurs essentiels, allez donc jeter un œil ici : http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/sommairelitterature.html , ainsi que les poètes peu connus ici http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/liste_auteurs_a.html (je compte bien aller puiser l’inspiration sur ces deux sites prochainement !) ou là http://www.bibliomonde.com/pages/liste-auteurs.php3, les listes du site Sens Critique également, ou celles d’études http://www.fabula.org/actualites/eric-dussert-une-foret-cachee-156-portraits-d-ecrivains-oublies_56182.php?fb_action_ids=10202094477837045&fb_action_types=og.likes&fb_source=aggregation&fb_aggregation_id=288381481237582, ou l’encyclopédie en douze volumes “Patrimoine littéraire européen”, ou encore le site “beauty will save the world”  http://schabrieres.wordpress.com .

Si vous avez des suggestions, n’hésitez pas à me les envoyer ! Elles seront toujours les bienvenues : plus c’est snob et peu connu, plus cela me plaira !

Le tout est de tout dire, et je manque de mots
Et je manque de temps, et je manque d’audace
Je rêve et je dévide au hasard mes images
J’ai mal vécu, et mal appris à parler clair.

RAJOUTS OU OUBLIS : (j’ajouterai ici RÉGULIÈREMENT mes découvertes à mettre, et oubliées dans ce premier jet, complètement chaotique.)    

> Des poèmes de Ady Andre !

> L’ange de feu, de Brioussov !

> Les sept noms du peintre de Philippe Le Gallou !

> La nostalgie aristocratique des romans de Keyserling, notamment Été Brûlant !

> Les poèmes et le “Banquet Speech” de Odysseus Elytis 

> L’homme perdu, de Gomez de la Serna !

> Les vestiges du jour, de Ishiguro !

> La chouette aveugle, Hedayat

> “Aimez-moi” (Editions Phébus), de Attila Jozsef !

> ALEXIS KLIMOV, Philosophe de l’ABSOLU !

> Les petits traités, Quignard !

> Je et Tu, Buber

Le Paysage absolu Théodoropoulos

> Le bonheur des tristes, Dietrich / Lambeaux, Juliet

> Sol absolu, Gaspar

> Les rats, ou La panoplie littéraire, de Bernard Frank

> Les feuilles tombées, et ESSEULEMENT de Rozanov

> Le Maréchal Absolu, Jourde

> Arthur Koestker et ses livres sur l’Absolu !

Seul |  Juhani Aho

> Lamennais

> Déclin du courage, Soljenitsyne

> des poèmes de Blok !

> Le chantre de l’esthétisme, Walter Pater, et son “La Renaissance”, pour ses ekphrasis de tabeaux.

> Culture et Anarchie, de Matthew Arnold !

> Sanine, ou “A l’extrême limite”, de Artsybachev !

Zinaïda Hippius !

> “L’insolent” de Maxence Caron ! (Maxence Caron qui est aussi le créateur de la collection littéraire dénommée… L’Absolu!)

Jiddu Krishnamurti !

> Saint Martin et Jakob Boehme !

> Jean Dutourd !!

> Impétuosité, de Knudsen

> Des traités d’Alchimie !

> Les livres de Jodorowski !!

> Georges Haldas !

> Hagakure !

> Le chercheur d’absolu Jad Hatem !

> Boris Bobrinski !!

> La poésie philosophique de Serge Venturini !

> Discours de la Dictature, ou Discours sur la Bible, de Donoso Cortès

> Abel Bonnard, notamment “Les modérés”.

> Dominique Venner !

> André Péry !

> René Béhaine !

> Roger Vailland !

> Les Veilles de Bonaventura !

> L’ordre, Marcel Arland

> Les masques de l’éphémère, Denis Tillinac !

> Moi, Charlotte Symmons, de Tom Wolfe (à compléter avec L’âme désarmée de Alan Bloom !)

> Jean Baudrillard !

Hurrah Zara de Jean Raspail

> Le stupide XIXème siècle, de L. Daudet (La recherche du beau, etc.)!

> Histoire de l’art religieux, Maurice Denis !

> Jean de la Varende !

> Mémoires d’un gentilhomme excentrique, Auberon Waugh !

> Bohumil Hrabal, Une trop bruyante solitude (et autres)

> Silbermann, de Lacretelle !

> Le Trêtre, de Volkoff !

> Patrick Grainville !

> Luc Estang !

> Des poèmes de Saint-Denys Garneau !

> Le droit d’aînesse, Jean Freustié !

> Se résigner à vivre, de Stachura ! 

L’Heure de la fermeture dans les jardins d’Occident, B. de Cessole

> Ténèbres en terre froide, Charles Juliet !

> L’aveu, Adamov

> L’inquiète adolescence, L. Chadourne

> La Vie brève, Onetti

> Milan Fust

Manuel Díaz Rodríguez, Idoles brisées !

> L’ascension, Ludwig Hohl !

L’âge absolu : mémoires, interrogations & réflexions, C. Perroud

> Les enfants de l’absurde, Paul Van den Bosch

> Conquête de l’absolu. Initiation et pouvoirs : par G. Saint-Bonnet

Le point d’appui pris sur le néant. Petit essai d’idéologie passionnée, J-R Carré

Au-dessous de tout de Paul Leppin

> J. de Bourbon-Busset !

> E.-H. Crisinel !

> Seul le feu, Christophe Pellet !

> Les récits d’un pèlerin russe !

> Les exaltés, pièce peu connue de Musil !

> Flannery O’Connor !

> Jean-Pierre Duprey !

> Possession, Antonia Susan Byatt

TROTZIG BIRGITTA !

> Les Carolins, Heidenstam.

Vitrail, Andrzej Kusniewicz

> Stanislas Rodanski !

Boris Zaïtsev, L’Étoile bleue

> Marcel Levy, LA VIE ET MOI, Chroniques et réflexions d’un raté

Avec le feu, Victor Barrucand

 Bêtes, hommes et dieux » de Ferdynand Ossendowski 

Monsieur Cogito et autres poèmes, Zbigniew Herbert

> Jean Le Pérégrin, Waltari

Un jeune homme à la recherche de l’amour (1978), Singer

> Pierre Oster !

> Jérôme, Jean-Pierre Martinet

> Le club des neurasthéniques, R. Dalize !

Stanislas Brzozowski, Histoire d’une intelligence. Journal 1910-1911

Nicolas Dieterlé !

> Manuscrit trouvé à Saragosse, de Potocka !

> L’ennui, Emile Tardieu !

> Pia Petersen !

> Thomas Traherne !

> Paulina 1880, Jouve

> Versiculets, Alfred Poussin !

> Gadda, la Connaissance de la Douleur !

> Le dernier stade de la soif, Exley !

> Lettres à l’amant, Sorgue

> F. Giauque, Journal d’enfer et poèmes inédits !

> Thaïs, Anatole France !

> Ma vie, Alfieri !

> Le gouffre et autres récits, Andréev !

> Robert Baroque, de Miklos Szentkuthy

> Salah Stétié, L’autre côté brûlé du très pur !

> Maurice Blanchard !

> Colette Gibelin !!

OBSTFELDER SIGBJØRN !!

> Tommaso Landolfi !!

> Ignace de Loyola (notamment au travers de l’excellente étude "Ignace de Loyola, pèlerin de l’absolu")

> Par delà l’absolu, de Laurent Caze !

> Hypathia arpenteur d’absolu !

> Les Boucliers rouges, d’Iwaszkiewicz !

> Fuite de l’Absolu, Gosselin !

>Ernst Troeltsch, cf l’étude L’Absolu au coeur de l’histoire. La notion de compromis chez Ernst Troeltsch.

> A soi-même: journal, Odilon Redon

> Konstantin Balmont !

> A. S. Byatt, Possession !

> Fontaine, Charles Morgan!

>Làjos Zilahi, Printemps mortel

> Notes intimes, Marie Noël

> Ostinato, Desforêts.

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Merci à ma Laura sans qui ce site et ma vie seraient bien peu de choses.

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Auteurs de l’absolu déjà évoqués ici - dans l’ordre:

Darien, Suarès, Pérec, Sicaud, Rostand, Huysmans, Mauriac, Rigaut, Goethe, Sa Carneiro / Pessoa, Char, Ullmann, Rilke, Trakl, Bossuet, Cros, Nin, Musset, Rollinat, Miller, Maxime du Camp, Cézanne, Artaud, Maupassant, Hugo, Debord, Duhamel, Apollinaire, Gilbert, Nizan, Tennyson, Hesse, Nabokov, Remarque, Plath, Deubel, Balzac, Hyvernaud, Wilde, Bergerat, Lamartine, Robespierre, Baudelaire, Pizarnik, La Bible, Laforgue, Saint Exupéry, Drieu La Rochelle, Ocampo, Aragon, Leconte de Lisle, Nimier, Blondin,Pavese, Reverdy, Guillevic, Jaccotet, Lacenaire, Colette, Bloy, Maistre, Céline, Milosz, Kleist, Breton, Anouilh, Rimbaud, Supervielle, La Tour du Pin, Burke, Bouvier, Martin du Gard, Degrelle, Schelling, Brasillach, Gary, Cioran, Rivière, Claudel, Verlaine, Zo d’Axa, Camus, London, Amiel, Hardy, Zola,Laude, Garaudy, Keynes, Jarry, Teilhard de Chardin, Silesius, Yourcenar, Adorno, Gunderode, le Pape, Litell, Bataille, Comte, Sartre, Giraudoux, Zucco, Cocteau, Ibsen, Nabe, Aubigné, Proust, Marinetti, Saint-Point, Kundera, Dostoievski, Pascal, Green, Giono, Goncourt, Kessel, Davila, Bernanos, Gautier, Velter, Read, Akutagawa, Saint-John Perse, Malrieu, Flaubert/Sand, Sade, Modigliani, Fraigneau, Gide, Banville, Mallarmé, Dhotel, Malherbe, Beumarchais, Weininger, Michelstadter, Schopenhauer, Tsetaieva, Bobin, Weil, Huguenin, Zweig, Prével, Rodin, Nietzsche, Pagnol, Schwarzenbach, les poètes du Grand Jeu, Montherlant, Malraux, Emerson, Michaux, Babinet, Sorgue, Huxley, Cohen, Novalis – Schlegel, Schiller, Stendhal, Descartes, Blake, Stirner, Sainte Beuve, Daxhelet, Clemenceau, Desnos, Hegel, Kierkegaard, Eliot, Bergson, Barrès, Dumur, Vogue, Jean Paul, Steiner, crevel, Renaud Camus, Ernest Hello, Henry de Groux, Malègue, Taine, Mishima, Kandinsky, d’Annunzio, Jean Guitton, Gilgamesh, Groulx, Péguy, Ruckert, Dugas, Poe, Peladan, Joseph ROTH, Lampedusa, Hillesum, Capus, Blanchot, Beauvoir, Von Salomon, Alexis Carrel, Jacobsen, Bove, Luchini, Ungar, Bakounine, Maritain, Frédéric Rolfe, Helvétius, Caraco, Charles Louis Philippe, Renan, Thiaudière, Fante, Morand, Reza, Quinet, Saint Just, Sachs, Huit, Evely, Serres, Brosses, Llosa, Bashkirtseff, Marie Leneru, Larbaud, Escousse, Pauwels, Gracian, Michel-Ange, Garcia Marquez, Lorrain, Bousquet, Vlaminck, Robin, Gramsci, Boronali, Léon-Paul Fargue, Augiéras, Vallotton, Barbey, Haedens, Sunsiare, Scriabine, Galey, Klein, Berdiaev, Khalo, Maynard, Meillassoux, Cravan, Van Gogh, Ricoeur, Gance, Pound, Capek, Maulnier, Matzneff, Fondane, Nikinski, Mauclair, Boutang, Sabato, Gripari, Unamuno, Debray, Lewis, Grout, Renard.

" Aussi différents les uns des autres soient-ils (et il faudra s’attacher à tout ce qui les sépare), la plupart des manifestes esthétiques, depuis le début de ce siècle, se rejoignent dans l’affichage d’une triple fonction.

Fonction de rupture. (…) Fonction de vérité.(…)

Fonction de totalité : l’art déborde l’art. Il concerne le tout de l’homme, et s’adresse non aux mondains mais au monde entier, en son devenir. (Bauhaus : « Réalisons en commun la nouvelle construction de l’avenir »). L’esthétisation de la réalité et la réalisation de l’esthétique sont vécues comme complémentaires, union parfois baptisée « Révolution ». L’événement artistique est pensé comme philosophique, et donc, souvent, politique et social. Bauhaus : « Nos ateliers ne peignent plus les tableaux, ils édifient les formes de la vie ». Mondrian : « La pure vision plastique doit édifier une nouvelle société ». Et Breton ne se cache pas de vouloir instaurer une nouvelle conception non de l’art mais de la vie et de l’esprit lui-même. Comme Beuys, pour qui le geste de l’artiste est un levier destiné à transformer non le monde de l’art mais le monde tout court, et réconcilier l’homme moderne avec lui-même.” ( Qu’est-ce qu’un manifeste littéraire ? (1994) - Regis Debray)

Mondrian, Woods near Oele, 1908

Regis Debray est intéressant en ce qu’il a beaucoup écrit sur la notion de sacré et donc d’absolu: citons Dieu, un itinéraire Matériaux pour l’histoire de l’Éternel en OccidentLe Feu sacré, fonctions du religieux ; Les communions humaines. Pour en finir avec « la religion »Jeunesse du sacré. Il est aussi l’auteur d’un roman intitulé La neige brûle, mettant en scène un révolutionnaire passionnée prénommé Boris dans lequel on devine la personnalité de Régis.

Image : Le titre m’oblige à mettre ce livre ici-même, mais il est malgré tout très décevant, très banal (il traite principalement de Malraux-Camus-Sartre). Qu’importe, Lewis ( ‘that lonely old volcano of the Right”, dixit le poète W.H. Auden) est l’auteur d’un chef d’oeuvre qu’il faut à tout prix lire, Tarr (1916), qui met en scène, entre autres, Kreisler, violent romantique allemand qui échouera à devenir artiste, et en qui Lewis verra, quelques années plus tard, une prémonition d’Hitler. Lewis, directeur également d’un magazine très polémique “The Enemy” (où il s’en prendra notamment à V. Woolf qu’il détestait), écrira une défense d’Hitler en 1931 (Hitler), en le présentant comme un “homme de paix”, avant de réviser sa position quelques années plus tard.

Découverte du jour, complètement par hasard, en passant devant la librairie Garnier Flammarion - sans doute l’une des meilleures maisons d’édition actuelles (avec Allia, l’Age d’Homme, les éditions de la Différence, et quelques autres) - de ce livre sorti le 4 décembre dernier ! 
Je me suis rué sur l’intéressante bibliographie. On y trouve par exemple cet article "Excès de l’esthétique, esthétique de l’excès", entre mille autres. La première partie du livre est tout à fait passionnante (cf. table des matières), bien qu’elle prenne un tour assez politique, et qu’elle soit surtout un dialogue avec le livre de référence sur la question qu’est “L’Absolu Littéraire” de Nancy/Labarthe. Par contre, la seconde partie est autrement moins universelle, puisqu’elle se concentre uniquement sur Kafka (dont le Journal aurait toute sa place ici - un jour où j’aurais le temps…), ce que je regrette un peu. [la citation - si juste ! - placée en en-tête de l’Introduction est de Barthes, au cas où vous cherchiez.]
Quoi qu’il en soit, c’est bien la preuve que l’Absolu littéraire est un objet d’étude tout à fait digne, contrairement à ce que me disait dernièrement un “anonyme” via ce tumblr:
“Vous me pardonnerez, mais je ne comprends pas bien l’intérêt d’un tel blog! “anthologie de l’absolu”, cela signifie que sont collectés des documents disparates traitant de l’absolu. Mais d’un point de vue purement pragmatique, je ne vois pas l’intérêt d’une telle anthologie: ce blog ressemble un peu à une caverne d’ali baba, mais alors, on a l’impression qu’il manque complètement de rigueur et qu’il est superficiel. 2- l’absolu est une notion qui est morte depuis Spinoza, quand même!”
Je lui conseillerais donc ce livre, et les quelques autres grandes études sur l’Absolu que j’ai déjà évoquées ici: http://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/59312861163/grand-classique-sur-le-romantisme-allemand, http://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/67298546770/les-ennemis-de-labsolu-volume-iii-je-ne, http://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/59695384737/et-cette-passion-a-pour-nom-labsolu-apres .
Zoom Info
Découverte du jour, complètement par hasard, en passant devant la librairie Garnier Flammarion - sans doute l’une des meilleures maisons d’édition actuelles (avec Allia, l’Age d’Homme, les éditions de la Différence, et quelques autres) - de ce livre sorti le 4 décembre dernier ! 
Je me suis rué sur l’intéressante bibliographie. On y trouve par exemple cet article "Excès de l’esthétique, esthétique de l’excès", entre mille autres. La première partie du livre est tout à fait passionnante (cf. table des matières), bien qu’elle prenne un tour assez politique, et qu’elle soit surtout un dialogue avec le livre de référence sur la question qu’est “L’Absolu Littéraire” de Nancy/Labarthe. Par contre, la seconde partie est autrement moins universelle, puisqu’elle se concentre uniquement sur Kafka (dont le Journal aurait toute sa place ici - un jour où j’aurais le temps…), ce que je regrette un peu. [la citation - si juste ! - placée en en-tête de l’Introduction est de Barthes, au cas où vous cherchiez.]
Quoi qu’il en soit, c’est bien la preuve que l’Absolu littéraire est un objet d’étude tout à fait digne, contrairement à ce que me disait dernièrement un “anonyme” via ce tumblr:
“Vous me pardonnerez, mais je ne comprends pas bien l’intérêt d’un tel blog! “anthologie de l’absolu”, cela signifie que sont collectés des documents disparates traitant de l’absolu. Mais d’un point de vue purement pragmatique, je ne vois pas l’intérêt d’une telle anthologie: ce blog ressemble un peu à une caverne d’ali baba, mais alors, on a l’impression qu’il manque complètement de rigueur et qu’il est superficiel. 2- l’absolu est une notion qui est morte depuis Spinoza, quand même!”
Je lui conseillerais donc ce livre, et les quelques autres grandes études sur l’Absolu que j’ai déjà évoquées ici: http://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/59312861163/grand-classique-sur-le-romantisme-allemand, http://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/67298546770/les-ennemis-de-labsolu-volume-iii-je-ne, http://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/59695384737/et-cette-passion-a-pour-nom-labsolu-apres .
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Je me suis rué sur l’intéressante bibliographie. On y trouve par exemple cet article "Excès de l’esthétique, esthétique de l’excès", entre mille autres. La première partie du livre est tout à fait passionnante (cf. table des matières), bien qu’elle prenne un tour assez politique, et qu’elle soit surtout un dialogue avec le livre de référence sur la question qu’est “L’Absolu Littéraire” de Nancy/Labarthe. Par contre, la seconde partie est autrement moins universelle, puisqu’elle se concentre uniquement sur Kafka (dont le Journal aurait toute sa place ici - un jour où j’aurais le temps…), ce que je regrette un peu. [la citation - si juste ! - placée en en-tête de l’Introduction est de Barthes, au cas où vous cherchiez.]
Quoi qu’il en soit, c’est bien la preuve que l’Absolu littéraire est un objet d’étude tout à fait digne, contrairement à ce que me disait dernièrement un “anonyme” via ce tumblr:
“Vous me pardonnerez, mais je ne comprends pas bien l’intérêt d’un tel blog! “anthologie de l’absolu”, cela signifie que sont collectés des documents disparates traitant de l’absolu. Mais d’un point de vue purement pragmatique, je ne vois pas l’intérêt d’une telle anthologie: ce blog ressemble un peu à une caverne d’ali baba, mais alors, on a l’impression qu’il manque complètement de rigueur et qu’il est superficiel. 2- l’absolu est une notion qui est morte depuis Spinoza, quand même!”
Je lui conseillerais donc ce livre, et les quelques autres grandes études sur l’Absolu que j’ai déjà évoquées ici: http://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/59312861163/grand-classique-sur-le-romantisme-allemand, http://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/67298546770/les-ennemis-de-labsolu-volume-iii-je-ne, http://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/59695384737/et-cette-passion-a-pour-nom-labsolu-apres .
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Je me suis rué sur l’intéressante bibliographie. On y trouve par exemple cet article "Excès de l’esthétique, esthétique de l’excès", entre mille autres. La première partie du livre est tout à fait passionnante (cf. table des matières), bien qu’elle prenne un tour assez politique, et qu’elle soit surtout un dialogue avec le livre de référence sur la question qu’est “L’Absolu Littéraire” de Nancy/Labarthe. Par contre, la seconde partie est autrement moins universelle, puisqu’elle se concentre uniquement sur Kafka (dont le Journal aurait toute sa place ici - un jour où j’aurais le temps…), ce que je regrette un peu. [la citation - si juste ! - placée en en-tête de l’Introduction est de Barthes, au cas où vous cherchiez.]

Quoi qu’il en soit, c’est bien la preuve que l’Absolu littéraire est un objet d’étude tout à fait digne, contrairement à ce que me disait dernièrement un “anonyme” via ce tumblr:

Vous me pardonnerez, mais je ne comprends pas bien l’intérêt d’un tel blog! “anthologie de l’absolu”, cela signifie que sont collectés des documents disparates traitant de l’absolu. Mais d’un point de vue purement pragmatique, je ne vois pas l’intérêt d’une telle anthologie: ce blog ressemble un peu à une caverne d’ali baba, mais alors, on a l’impression qu’il manque complètement de rigueur et qu’il est superficiel. 2- l’absolu est une notion qui est morte depuis Spinoza, quand même!”

Je lui conseillerais donc ce livre, et les quelques autres grandes études sur l’Absolu que j’ai déjà évoquées ici: http://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/59312861163/grand-classique-sur-le-romantisme-allemandhttp://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/67298546770/les-ennemis-de-labsolu-volume-iii-je-nehttp://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/59695384737/et-cette-passion-a-pour-nom-labsolu-apres .

"Serse [Sancho Panza] y serlo todo" [Don Quichotte]

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III 4 L’univers visible, celui qui naît de l’instinct de conservation, me devient trop étroit. Je m’y sens comme en une prison, qui me semble réduite,dans laquelle mon âme tourne en rond et se heurte aux barreaux. J’étouffe. Je veux plus, encore plus, et toujours davantage. Je veux être moi-même, et sans cesser de l’être, je veux de surcroît être les autres, et me fondre dans la totalité des choses visibles et invisibles, m’étendre sans limites a tout l’espace, et durer aussi indéfiniment que le temps lui-même. N’être ni tout, ni pour toujours, c’est comme si je n’étais pas. Qu’au moins je sois tout pour moi, et que je le sois a jamais. Etre un moi, c’est être tous les autres. C’est tout ou rien. (…)

III §9 Etre ! Etre toujours ! Etre sans fin ni terme ! Soif d’être ! Soif d’être davantage ! Soif de Dieu ! Soif d’un amour éternel qui nous éternise ! Etre toujours ! Etre Dieu !

III §26 Qu’en est-il de cette joie de vivre, dont on nous parle tant aujourd’hui ? La soif de Dieu, la soif d’éternité, la soif de survivre étouffera toujours en nous le misérable plaisir que nous prenons a cette vie qui passe sans cesse. (…)

III §30 Je suis le centre de mon univers, le centre de l’univers, et dans mes suprêmes angoisses, je crie avec Michelet : ≪ Mon moi ! Ils m’arrachent mon moi ! ≫ A quoi peut bien servir de gagner le monde entier, si l’homme y perd son âme (Mathieu, XVI, 26) ? Égoïsme, dis-tu ? Il n’y a rien de plus universel que ce qui est individuel, car ce qui vaut pour chacun vaut pour tous. (…)Ce que vous appelez égoïsme est le principe de gravite du psychisme, c’est le postulat nécessaire. ≪ Aime ton prochain comme toi-même ! ≫ nous dit-on, partant du principe que chacun s’aime lui-même. L’on ne nous dit pas : ≪ Aime-toi toi-même ! ≫ Et pourtant, nous ne savons pas nous aimer nous-mêmes. (…) Je tremble a l’idée de m’arracher a ma propre chair. Je tremble plus encore a l’idée de devoir m’arracher a toute substance, sensible et matérielle. Si jamais cela méritait le nom de matérialisme, et si je m’accroche a Dieu de toutes mes forces et par tous mes sens, c’est pour qu’il m’emporte dans ses bras par-delà la mort, pour que, du ciel ou il est, il me regarde droit dans les yeux lorsqu’ils se fermeront a tout jamais. Je me berce d’illusions, dites-vous? Ne me parlez pas d’illusions, et laissez-moi vivre ! (…)

II 37 Je rêve, dites-vous ? Qu’on me laisse a mes rêves ; si ce songe-la est ma vie, ne me réveillez pas. Je crois en l’origine immortelle de cette soif d’immortalité, qui est la substance même de mon âme. Est-ce que j’y crois vraiment ? A quelle fin veux-tu être immortel ? – me demandes-tu. A quelle fin ? Je ne comprends franchement pas cette question, car elle consiste a demander la raison de la raison, la fin de la fin, le principe du principe. (…)

43 L’attitude virile selon eux consiste a se résigner face au destin. Nous ne sommes pas immortels : ne désirons pas l’être. Soumettons-nous a la raison sans nous affliger de l’irrémédiable, sans ajouter a la vie davantage de tristesse et de noirceur. Cette obsession est maladive, poursuivent-ils. La maladie, la folie, la raison ; l’éternel refrain, quoi. Et bien non ! Je ne me résigne pas a la raison, je me rebelle contre elle ! Et a force de foi, j’aspire a créer ce Dieu qui est le mien, mon Dieu immortalisant. J’aspire a faire fléchir le cours des astres. Car si notre foi avait ne serait-ce que la taille d’un grain de moutarde, nous dirions a cette montagne : ≪ ôte-toi de la ! ≫… Et elle s’écarterait. Et rien ne nous serait impossible. (…)

II 55 (…) Les foules abattent bientôt elles mêmes leurs propres idoles, dont les statues se brisent au pied du piédestal sans que personne ne les regarde, tandis que ceux qui conquièrent le cœur de quelques gens triés sur le volet, seront bien plus longtemps l’objet d’un culte fervent, au sein d’une chapelle certes petite et retirée, mais qui les sauvera des eaux de l’oubli. L’artiste sacrifie l’extension de sa renommée a sa durée. Son ambition est de perdurer a jamais dans un recoin de l’espace, plutôt que d’illuminer l’Univers pour une seconde. Il lui plairait davantage d’être un atome éternel et conscient de lui-même, plutôt que d’être la conscience momentanée de l’Univers tout entier. Il sacrifie l’infinité a l’éternité.

(…) J’espère, o mon lecteur, que tant que dure notre tragédie, pendant quelque entracte, nous pourrons nous retrouver. Et nous nous reconnaîtrons. Et pardon si j’ai occasionne chez toi plus de gène que celle que je devais inévitablement soulever, plus que ce qu’en prenant la plume pour te divertir un peu de tes illusions, je recherchais. Que Dieu te laisse non la paix, mais la gloire !

Salamanque, an de grâce 1912.” (Du sentiment tragique de la vie)

« Lecteur, si ta vie n’est pas un roman, une fiction divine, un rêve d’éternité alors laisse ces pages, ne me lis pas plus avant. Car je te serai indigeste, et il te faudra me vomir sans profit ni pour toi ni pour moi. »  (Comment se fait un roman)

Ma religion est de chercher la vérité dans la vie et la vie dans la vérité, même en sachant que je ne les rencontrerais pas tant que je suis en vie ; ma religion est de lutter sans arrêt et sans me lasser avec le mystère… de lutter avec Dieu depuis les lueurs de l’aube jusqu’à la tombée de la nuit, comme on dit que Jacob lutta contre lui. (…) Je rejette l’éternel ignorabimus. Dans tous les cas je veux escalader l’inaccessible.” (Mi religion, 1910)

"L’art pour l’art ! Autant dire la vie pour la vie. Non. La vie pour la mort; la vie pour la vie éternelle ; et l’art pour l’art éternel, pour la religion.(…) Il faut vivre avec toute son âme ; et vivre avec toute son âme, c’est vivre avec la foi qui jaillit de la connaissance, avec l’espérance qui jaillit du sentiment, avec la charité qui jaillit de la volonté. (…) En nous vit le souvenir des personnes aimées que la mort nous a ravies ; mais, quand nous mourrons, ce souvenir mourra-t-il ? Nous, nous mourrons, et notre souvenir restera sur la terre. Qu’est ce que ce souvenir? Et quand mourront les personnes qui auront pieusement gardé mémoire de nous, notre souvenir mourra sur la terre. Je laisse un nom. Qu’est ce qui est plus qu’un nom? Que serais je de plus que les personnages fictifs que j’ai créés de pure invention? Et Cervantès, qu’est-il, aujourd’hui, sur la terre, de plus que Don Quichotte?”(Journal intime)

« Dans notre monde intellectuel, écrivait A. Machado en 1905, personne ne suscite autant la guerre que le savant Unamuno. Un esprit batailleur, expansif et généreux habite cet homme quichottesque […]. Les notes dominantes, chez lui, sont : l’audace d’entreprendre, l’ambition de gloire et l’affirmation constante et décidée de sa personnalité […]. Unamuno est de la lignée des mystiques espagnols, ces âmes de feu. »

De ses années d’études secondaires à l’Instituto Vizcaino, Unamuno retient la découverte enthousiaste du soleil de la science (“el sol de la ciencia”): “J’en sortis amoureux du savoir (…) j’allais à Madrid étudier la Philosophie et les Lettres, plein d’illusions qui, en partie, se flétrirent pour en engendrer d’autres en moi, et celles-ci encore d’autres à leur tour.” (Souvenirs d’enfance et de jeunesse)

Sa pensée du conflit du tout et du rien n’est pas sans rappeler Kierkegaard (je me sens si proche de ces deux penseurs, je ferais bien un mémoire qui les mettrait en rapport !).L’auteur du beau roman “Niebla” a laissé également des poèmes. Mathilde Pomès (première femme à avoir obtenu l’agrégation en espagnol) écrit dans sa préface de ces Poèmes posthumes : "Même pour un lecteur infatigable comme l’était Unamuno, les livres ne peuvent tenir lieu de tout. Il n’était pas un érudit, il n’entassait pas les fiches; c’était substance de vie, nourriture de l’âme qu’il cherchait dans la chose écrite. Et non pas égoïstement, mais pour l’élaborer en lui-même et la rendre aux autres sous forme de miel: Sic vos non vobis.” Nous sommes en 1938, Unamuno vient de mourir ; elle raconte notamment sa dernière rencontre avec lui, où il dit d’un ton prophétique: « Aucun d’eux [des hommes politiques] n’est de taille à contenir ce qui vient. » (Et aujourd’hui, quel homme politique sera de taille à contenir « ce qui vient » ?…) Rappelons qu’Unamuno est celui quiosera dans une Université de Salamanque acquise au franquisme prononcer un discours farouchement antifranquiste, devenu fameux. Sa sortie de l’Université fut quelque peu mouvementée :

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Image: “La Philosophie”, de Klimt, et deux études sur Unamuno, dont une de Jean Pierre Jossua, qui est vraiment le chercheur que j’aurais voulu être! En témoigne ses autres ouvrages, outre "La littérature et l’inquiétude de l’absolu" :

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" L’homme ne vit pas seulement de pain. Il vit aussi de rêves et la fonction fabulatrice est une fonction vitale. Rien d’étrange à cela quand on songe à ce qu’est la condition humaine. Car enfin, qu’est-ce qui nous attend ? En tant qu’individu, l’agonie et la mort. Et en tant qu’espèce ? Que le soleil éclate en supernova ou se réduise en naine blanche, que ce soit par le froid ou le chaud, également l’agonie et la mort. Telles sont nos certitudes. 
Ah, s’il y avait Dieu! Mais nous en savons trop. Certes, un individu bien doué peut vivre dans le vrai, dans l’absurde, lucidement, en se refusant tous les espoirs trompeurs… mais le genre humain en est incapable. L’humanité n’a plus la foi, et elle crève d’angoisse. Elle n’est pas faite, la pauvre, pour supporter la simple, la banale, la désolante vérité. Plus que jamais il lui faut des rêves !
C’est pourquoi il n’y a rien de plus beau, ni de meilleur, ni de plus important au monde que de raconter des histoires. C’est mon métier, et j’en suis fier. Bien avant Gutenberg et Pasteur, je place au premier rang des bienfaiteurs de l’homme les génies inconnus qui ont conçu l’histoire de Peau d’Âne, de Blanche-Neige ou de Cendrillon.
(…) J’écris pour être aimé, longtemps après ma mort, comme j’ai aimé Dickens. J’écris pour faire du bien, comme Jack London m’a fait du bien, à quelques individus que je ne connaîtrai jamais, dont les pensées ne seront pas les miennes, qui vivront dans un monde que je ne puis concevoir. J’écris pour eux, pourtant, pour les consoler d’être, pour qu’ils se sentent moins seuls devant leur destinée qui sera, comme la nôtre et même si, par ailleurs, tout change, de rire et d’espérer, de souffrir et de mourir.”
Pierre Gripari, “Gueule d’Aminche”, son grand-oeuvre, adaptation au monde méditerranéen moderne de l’Epopée de Gilgamesh (épopée dont nous avons déjà parlé ici : http://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/60407411199/discours-prononce-pour-le-centenaire-de-la ). Egalement auteur des “Derniers jours de l’Éternel”, entre autres."Qu’il soit un grand écrivain, nous sommes quelques-uns à n’en plus douter. (…) le seul qui ait l’insolence de Céline sans plagier son style”, écrit Jean Mabire.
Image: l’excellent Cahiers de l’Herne qui lui est consacré.
Je signale au passage qu’un nombre non négligeable de mes découvertes littéraires le furent grâce à ce fameux blog : http://www.juanasensio.com/about.html Qu’il en soit remercié !
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" L’homme ne vit pas seulement de pain. Il vit aussi de rêves et la fonction fabulatrice est une fonction vitale. Rien d’étrange à cela quand on songe à ce qu’est la condition humaine. Car enfin, qu’est-ce qui nous attend ? En tant qu’individu, l’agonie et la mort. Et en tant qu’espèce ? Que le soleil éclate en supernova ou se réduise en naine blanche, que ce soit par le froid ou le chaud, également l’agonie et la mort. Telles sont nos certitudes. 
Ah, s’il y avait Dieu! Mais nous en savons trop. Certes, un individu bien doué peut vivre dans le vrai, dans l’absurde, lucidement, en se refusant tous les espoirs trompeurs… mais le genre humain en est incapable. L’humanité n’a plus la foi, et elle crève d’angoisse. Elle n’est pas faite, la pauvre, pour supporter la simple, la banale, la désolante vérité. Plus que jamais il lui faut des rêves !
C’est pourquoi il n’y a rien de plus beau, ni de meilleur, ni de plus important au monde que de raconter des histoires. C’est mon métier, et j’en suis fier. Bien avant Gutenberg et Pasteur, je place au premier rang des bienfaiteurs de l’homme les génies inconnus qui ont conçu l’histoire de Peau d’Âne, de Blanche-Neige ou de Cendrillon.
(…) J’écris pour être aimé, longtemps après ma mort, comme j’ai aimé Dickens. J’écris pour faire du bien, comme Jack London m’a fait du bien, à quelques individus que je ne connaîtrai jamais, dont les pensées ne seront pas les miennes, qui vivront dans un monde que je ne puis concevoir. J’écris pour eux, pourtant, pour les consoler d’être, pour qu’ils se sentent moins seuls devant leur destinée qui sera, comme la nôtre et même si, par ailleurs, tout change, de rire et d’espérer, de souffrir et de mourir.”
Pierre Gripari, “Gueule d’Aminche”, son grand-oeuvre, adaptation au monde méditerranéen moderne de l’Epopée de Gilgamesh (épopée dont nous avons déjà parlé ici : http://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/60407411199/discours-prononce-pour-le-centenaire-de-la ). Egalement auteur des “Derniers jours de l’Éternel”, entre autres."Qu’il soit un grand écrivain, nous sommes quelques-uns à n’en plus douter. (…) le seul qui ait l’insolence de Céline sans plagier son style”, écrit Jean Mabire.
Image: l’excellent Cahiers de l’Herne qui lui est consacré.
Je signale au passage qu’un nombre non négligeable de mes découvertes littéraires le furent grâce à ce fameux blog : http://www.juanasensio.com/about.html Qu’il en soit remercié !
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L’homme ne vit pas seulement de pain. Il vit aussi de rêves et la fonction fabulatrice est une fonction vitale. Rien d’étrange à cela quand on songe à ce qu’est la condition humaine. Car enfin, qu’est-ce qui nous attend ? En tant qu’individu, l’agonie et la mort. Et en tant qu’espèce ? Que le soleil éclate en supernova ou se réduise en naine blanche, que ce soit par le froid ou le chaud, également l’agonie et la mort. Telles sont nos certitudes. 

Ah, s’il y avait Dieu! Mais nous en savons trop. Certes, un individu bien doué peut vivre dans le vrai, dans l’absurde, lucidement, en se refusant tous les espoirs trompeurs… mais le genre humain en est incapable. L’humanité n’a plus la foi, et elle crève d’angoisse. Elle n’est pas faite, la pauvre, pour supporter la simple, la banale, la désolante vérité. Plus que jamais il lui faut des rêves !

C’est pourquoi il n’y a rien de plus beau, ni de meilleur, ni de plus important au monde que de raconter des histoires. C’est mon métier, et j’en suis fier. Bien avant Gutenberg et Pasteur, je place au premier rang des bienfaiteurs de l’homme les génies inconnus qui ont conçu l’histoire de Peau d’Âne, de Blanche-Neige ou de Cendrillon.

(…) J’écris pour être aimé, longtemps après ma mort, comme j’ai aimé Dickens. J’écris pour faire du bien, comme Jack London m’a fait du bien, à quelques individus que je ne connaîtrai jamais, dont les pensées ne seront pas les miennes, qui vivront dans un monde que je ne puis concevoir. J’écris pour eux, pourtant, pour les consoler d’être, pour qu’ils se sentent moins seuls devant leur destinée qui sera, comme la nôtre et même si, par ailleurs, tout change, de rire et d’espérer, de souffrir et de mourir.”

Pierre Gripari, “Gueule d’Aminche”, son grand-oeuvre, adaptation au monde méditerranéen moderne de l’Epopée de Gilgamesh (épopée dont nous avons déjà parlé ici : http://un-ange-devaste-par-lhumour.tumblr.com/post/60407411199/discours-prononce-pour-le-centenaire-de-la ). Egalement auteur des “Derniers jours de l’Éternel”, entre autres."Qu’il soit un grand écrivain, nous sommes quelques-uns à n’en plus douter. (…) le seul qui ait l’insolence de Céline sans plagier son style”, écrit Jean Mabire.

Image: l’excellent Cahiers de l’Herne qui lui est consacré.

Je signale au passage qu’un nombre non négligeable de mes découvertes littéraires le furent grâce à ce fameux blog : http://www.juanasensio.com/about.html Qu’il en soit remercié !

Il y a eu quelqu’un qui pouvait me comprendre. Mais c’est, précisément, la personne que j’ai tuée.

Le Tunnel, Ernesto Sabato, p. 15.

Juan Pablo Castel est artiste peintre et meurtrier. Il est l’assassin de la femme qu’il continue à aimer, malgré la mort, plus que sa vie.

Derrière un pseudo roman policier à l’intrigue dévoilée se cache un ouvrage à l’ambition téméraire : nous donner à voir toute la pensée de l’auteur, son humanisme, sa vision du monde moderne, son existentialisme. À la fois réflexion sur la solitude de l’artiste et sur l’incapacité de son personnage à communiquer, cet livre est aussi une touchante mise en écriture de la passion amoureuse, lucide et cruelle.

Une étude lui est consacrée :ERNESTO SABATO : La littérature comme absolu”, par Daniel-Henri Pageaux.

« Ce qu’on appelle mort est le plus grand soupçon,

le regard d’en dessous vers l’être qui s’éveille

et la peine de vivre a trouvé sa raison

"La rose est sans raison" sa racine est merveille. » 

(“Apocalypse du désir”, choral de la fin - Pierre Boutang)

L’introduction de ce livre si beau et si étrange se charge d’assassiner les infâmes Deleuze et Guattari (et leur “Anti-Oedipe”), "maîtres sophistes, montreurs de bêtes surtout pas vivantes, docteurs du rot et de la brique." (drôle quand on pense que son fils, Pierre André Boutang, réalisera de nombreux documentaires, dont le fameux Abécédaire de Deleuze!). P. Boutang était un polémiste de haut vol, il écrira notamment contre Sartre un livre intitulé: “Sartre est-il un possédé?” (!).

Il était le disciple de Charles Maurras. Sur cette photo, on voit Pierre avec son père spirituel, à Chamalières, en mars 1941, pour le baptême de son fils François. Maurras était le parrain.

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Maurras rappelle dans une de ses lettres à Boutang (envoyées depuis sa prison d’après guerre) leur projet: Nous bâtissons l’arche nouvelle, catholique, classique, hiérarchique, humaine, où les idées ne seront plus des mots en l’air, ni les institutions des leurres inconsistants, ni les lois des brigandages, les administrations des pilleries et des gabegies, où revivra ce qui mérite de revivre, en bas la république, en haut la royauté.

Maurras meurt en 1952.

Pierre Boutang écrit : « Nous l’avions avec peine reconnu mortel. Il savait si bien vaincre la fatigue, maîtriser le sommeil, annuler l’oubli […].  Nous savons mieux qu’avant que ce Maître et ce Père ne nous quittera plus. Il n’y a que des devoirs et des tâches. » C’est à présent Boutang qui reprend le flambeau.

Il écrit par la suite “Reprendre le pouvoir”, dont la toute fin est restée célèbre: « L’âge des héros rebâtira un pouvoir ; il n’est pas de grand siècle du passé qui ne se soit donné cette tâche (…). Notre société n’a que des banques pour cathédrales ; elle n’a rien à transmettre qui justifie un nouvel « appel aux conservateurs » ; il n’y a, d’elle proprement dite, rien à conserver. Aussi sommes-nous libres de rêver que le premier rebelle, et serviteur de la légitimité révolutionnaire, sera le Prince chrétien. » Cf. également http://vimeo.com/10430693 : une conférence rare de Pierre Boutang (lui-même!) à propos de cette notion de Prince Chrétien !

Il connut une grande amitié intellectuelle avec Georges Steiner, au delà de leurs désaccords politiques majeurs. A ce propos, je vous offre, je vous conseille, je vous conjure (je vous obligerais si je pouvais!) de regarder ces entretiens télévisées de Steiner et Boutang. Admirez le respect dans le dialogue, la hauteur de vue, le goût de la rivalité, l’éloquence de chacun d’eux ! Pensez que l’on pouvait voir ça à la télévision ! Qui doutera encore après ça que nous vivons actuellement dans une époque de totale décadence ?

http://www.youtube.com/watch?v=PRyRhf_FK1Y Superbe entretien sur le mythe d’Antigone. 

http://www.youtube.com/watch?v=CHnJ79e7Sns Sur Abraham.

Steiner racontait (dans le Cahier de l’Herne consacré à Boutang) sa dernière rencontre avec lui : "Je l’ai quitté tout récemment dans son aire germano-pratine encombrée de livres, la vue défaillante, la peau et les mains tachetées par l’âge, chantant d’une voix d’enfant un hymne pascal, un poésie sur la Résurrection. Boutang méprise la médecine avec une aigreur qui rappelle un peu celle de Molière. Il ne s’y soumettra pas. Ces soins sont le “métier” de Dieu. Boutang se réjouit à la perspective de “vivre sa mort”, d’explorer ce passage, si déchirant et humiliant soit-il, vers l’ultime unisson avec l’Eglise catholique, militante et triomphante. Quelle abjection ce serait que d’amortir cette aventure vers la renaissance par le recours à des analgésiques ou à des artifices cliniques.” Il écrit également :

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5000 pages de son journal reste encore à publier. Boutang est donc encore un “continent” à découvrir, pour le bonheur des pèlerins de l’absolu que nous sommes!

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"Quand au vent du déclin les cendres se soulèvent,

En heureux tourbillons vers les cieux bien aimés,

L’âme reste jonchée des désirs et des rêves

Que la flamme a mordus mais n’a pas consumés. C. Maurras

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